Procédure de licenciement : les 3 étapes à sécuriser quand on est employeur
Procédure de licenciement : les 3 étapes à sécuriser quand on est employeur

En 2025, près de deux saisines des prud’hommes sur trois contestaient un licenciement, selon les statistiques du ministère de la Justice. Cela se vérifie au cabinet, le licenciement reste de loin la première source de litiges entre employeurs et salariés.

Quel que soit le motif retenu, qu’il s’agisse d’une faute, d’une insuffisance professionnelle, d’une inaptitude ou d’une raison économique, tout licenciement repose sur un socle commun : une procédure en trois étapes successives, qui sont la convocation, l’entretien préalable puis la lettre de licenciement. Ces étapes paraissent simples, mais c’est précisément à ce stade que nous constatons la plupart des erreurs commises par les dirigeants qui nous consultent.

Cet article détaille chacune de ces étapes, avec ses délais et ses points de vigilance. Si vous cherchez d’abord à identifier le type de licenciement adapté à votre situation, notre guide des différents types de licenciement vous permettra de faire le point.

Avant la convocation : quatre vérifications

Une procédure de licenciement se sécurise avant même l’envoi de la première lettre, et quatre points méritent d’être contrôlés à ce stade.

  1. Le motif doit être réel, sérieux et démontrable : il est donc préférable de rassembler les pièces qui l’établissent avant de convoquer le salarié, qu’il s’agisse de courriels, d’attestations, d’avertissements antérieurs ou de données chiffrées.
  2. Le statut du salarié doit être vérifié, car un membre du CSE ou un délégué syndical bénéficie d’une protection particulière : son licenciement exige l’autorisation de l’inspection du travail, selon une procédure distincte.
  3. Votre convention collective peut prévoir des étapes supplémentaires obligatoires, comme la saisine d’une commission ou d’un conseil de discipline, dont l’omission fragilise l’ensemble de la procédure.
  4. En matière disciplinaire, vous disposez de deux mois à compter du jour où vous avez eu connaissance des faits fautifs pour engager la procédure (art. L1332-4 du Code du travail).

Étape 1 : la convocation à l’entretien préalable

Avant toute décision, l’employeur doit convoquer le salarié à un entretien préalable, soit par lettre recommandée, soit par remise en main propre contre décharge (art. L1232-2). Cet écrit est indispensable, puisque c’est lui qui permettra de prouver que la convocation a bien eu lieu et à quelle date.

Quels sont les mentions obligatoires de la convocation ?

La lettre de convocation doit indiquer :

  • l’objet de l’entretien, sa date, son heure et son lieu (art. R1232-1),
  • la possibilité du salarié de se faire assister,
  • mais les motifs du licenciement envisagé n’ont pas à y figurer, car ils seront exposés au cours de l’entretien.

Lorsque les faits reprochés sont graves, la convocation peut s’accompagner d’une mise à pied conservatoire, qui permet d’écarter immédiatement le salarié de l’entreprise pendant toute la durée de la procédure.

Quel est le délai pour envoyer la convocation à votre salarié ?

L’entretien ne peut se tenir que cinq jours ouvrables au moins après la présentation de la lettre recommandée ou sa remise en main propre. Ce délai se calcule donc à partir du moment où le salarié a reçu la convocation, et non de la date d’envoi, sachant que le dimanche et les jours fériés ne sont pas des jours ouvrables.

Qui peut assister le salarié ?

Les personnes susceptibles d’assister le salarié, et les mentions que doit contenir la convocation à ce sujet, dépendent de la présence d’un CSE dans l’entreprise (art. L1232-4).

SituationQui peut assister le salariéCe que la lettre mentionne
Entreprise avec CSEUne personne de son choix appartenant au personnelLa possibilité d’être assisté par un membre du personnel
Entreprise sans CSEUn membre du personnel ou un conseiller du salarié inscrit sur une liste départementaleCette double possibilité et l’adresse de la mairie et de l’inspection du travail où la liste peut être consultée

Étape 2 : l’entretien préalable

L’entretien préalable a pour objet d’exposer au salarié les motifs de la décision envisagée et de recueillir ses explications : il ne s’agit ni d’une simple formalité, ni d’un procès.

Quels sujets doivent être abordés à cet entretien ?

Au cours de l’entretien, vous indiquez au salarié les motifs de la décision que vous envisagez, puis vous écoutez sa réponse. Il est essentiel d’aborder chacun des griefs que vous comptez retenir dans la lettre, car un motif que le salarié découvrirait seulement à la lecture de celle-ci fragiliserait votre dossier.

Aucune décision ne doit être annoncée pendant l’entretien. Annoncer le licenciement ce jour-là reviendrait en effet à montrer que la décision était déjà prise avant même d’avoir entendu les explications du salarié.

Qui peut vous accompagner en tant qu’employeur ?

L’employeur peut se faire assister d’une personne appartenant à l’entreprise, qu’il est utile de choisir en fonction du dossier : le manager direct pour une insuffisance professionnelle, par exemple, ou la DRH / RH pour une question disciplinaire. Une seule personne suffit, car un entretien qui réunirait plusieurs représentants de l’employeur face au salarié changerait de nature et pourrait vous être reproché.

Que faire si le salarié ne se présente pas à l’entretien ?

Le salarié n’est pas tenu de se rendre à l’entretien, et son absence n’empêche pas la poursuite de la procédure : vous pouvez quand même lui adresser la lettre de licenciement en respectant le délai légal.

Étape 3 : la lettre de licenciement

La lettre de licenciement constitue la pièce maîtresse du dossier, puisque c’est elle que le juge examinera en premier en cas de contentieux.

Quels sont les délais d’envoi de la lettre ?

Vous pouvez envoyer la lettre adressée au salarié par recommandé avec accusé de réception, au moins deux jours ouvrables après l’entretien, ce qui vous laisse le temps de réfléchir aux explications recueillies. Selon le motif du licenciement, ce délai minimal s’accompagne de règles particulières :

MotifDélai d’envoi de la lettre
Personnel, non disciplinaireAu moins 2 jours ouvrables après l’entretien
DisciplinaireEntre 2 jours ouvrables et 1 mois après l’entretien
Économique individuelAu moins 7 jours ouvrables après l’entretien, 15 pour un cadre

Quels sont les motifs possibles ?

La lettre fixe les limites du litige, ce qui signifie qu’un motif qui n’y figure pas ne pourra pas être invoqué ultérieurement devant le juge. Les faits reprochés doivent donc être datés, précis et vérifiables : la mention d’un « comportement inadapté » ne suffit pas, alors que celle de « retards répétés les 3, 10 et 17 mars, malgré l’avertissement du 15 février » pourra être utilement exploitée.

La lettre précise également les modalités de la fin du contrat, notamment :

  • le préavis,
  • la restitution du matériel professionnel,
  • le sort de la clause de non-concurrence
  • la portabilité de la mutuelle et de la prévoyance.

Qui signe la lettre ?

La lettre est signée par l’employeur ou par une personne de l’entreprise ayant reçu délégation pour licencier, l’avocat ne pouvant pas la signer à votre place. Les questions de délégation sont détaillées dans notre article consacré à la lettre de licenciement et à son signataire.

La précision des motifs après l’envoi

Dans les 15 jours qui suivent la notification du licenciement, le salarié peut demander à l’employeur de préciser les motifs invoqués. L’employeur dispose alors à son tour de 15 jours pour lui répondre, et il peut également apporter ces précisions de sa propre initiative dans le même délai.

Ce que coûte une erreur de procédure

Toutes les erreurs n’ont pas le même coût : une irrégularité de forme est indemnisée à hauteur d’un mois de salaire au plus, alors qu’une erreur sur le fond ou le non-respect de certains délais entraîne des conséquences bien plus lourdes.

SituationConséquenceRéférence
Procédure irrégulière, motif justifiéIndemnité d’un mois de salaire au plusArt. L1235-2
Motif insuffisant ou non démontréLicenciement sans cause réelle et sérieuse, indemnité selon le barème prud’homalArt. L1235-3
Lettre disciplinaire envoyée plus d’un mois après l’entretienLicenciement sans cause réelle et sérieuseArt. L1332-2
Salarié protégé licencié sans autorisation, discrimination, harcèlementLicenciement nul, indemnité d’au moins six mois de salaireArt. L1235-3-1

Si la procédure protège la forme, c’est le dossier qui protège le fond, et c’est pourquoi les deux gagnent à être préparés ensemble, avant même l’envoi de la convocation.

Comment Lumis Avocats vous accompagne ?

Nous sécurisons avec vous chacune des étapes, de la vérification du motif et des pièces jusqu’à la rédaction de la lettre, en passant par une convocation adaptée à votre entreprise et la préparation de l’entretien.

Si vous souhaitez vérifier que vos pratiques RH sont conformes avant d’en avoir besoin, l’Audit Flash RH passe en revue vos contrats, votre règlement intérieur et vos procédures. Pour une question précise sur une situation en cours, vous pouvez réserver un échange de 30 minutes avec nous.

Thomas Le Stum est avocat au barreau de Montpellier, en droit du travail, au conseil des employeurs. Il accompagne dirigeants et DRH d‘entreprises privées dans la sécurisation de leurs décisions RH.

FAQ : la procédure de licenciement

Le salarié peut-il venir avec son avocat à l’entretien préalable ?

Non. Lors de l’entretien préalable, le salarié peut être assisté par un membre du personnel ou, en l’absence de CSE, par un conseiller du salarié inscrit sur une liste départementale, mais la présence d’un avocat n’est pas prévue, pas plus pour le salarié que pour l’employeur.

Peut-on envoyer la convocation ou la lettre de licenciement par courriel ?

Non. La convocation doit être adressée par lettre recommandée ou remise en main propre contre décharge, et la lettre de licenciement par recommandé avec accusé de réception, car un courriel ne permet pas d’établir avec certitude la date à laquelle le salarié en a eu connaissance.

Combien de temps dure une procédure de licenciement ?

Il faut compter au minimum une dizaine de jours entre la convocation et l’envoi de la lettre, délais postaux compris, puisque l’entretien intervient au moins cinq jours ouvrables après la présentation de la convocation, et la lettre au moins deux jours ouvrables après l’entretien. Le préavis court ensuite à compter de la présentation de la lettre de licenciement.

Pour aller plus loin :

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